Institut Al Ghazali de formation des imams et des aumoniers

MEDECINE ARABE

lundi 6 juin 2011

SOMMAIRE

I. PERIODE ANTE-ISLAMIQUE 2

II. AVENEMENT LIBERATEUR DE L’ISLAM 2

LA MEDECINE DU PROPHETE 3 PRINCIPES GENERAUX DE L’ENSEIGNEMENT DU PROPHETE 3 L’EAU DE ZAM-ZAN (LA MECQUE) 5

III. ETHIQUE MEDICALE DANS L’ISLAM 7 NECESSITE SE SOIGNER 7 ELOGE DE LA SCIENCE 8 MEDICAMENTS ET TRAITEMENTS RECOMMANDES DANS LA MEDECINE ARABE 8

IV. HISTOIRE DE LA SCIENCE ARABE 10 DECOUVERTE DE LA SCIENCE ARABE PAR L’EUROPE 10 ORIGINES DE LA SCIENCE ARABE 12 TRANSMISSION DES CONNAISSANCES MEDICALES 12 BAGHDAD, ET L’ERE DES TRADUCTEURS 13 JUNDI-SHAPUR 15 TRANSMISSION DES CONNAISSANCES MEDICALES 17

V. LES GRANDES FIGURES DE LA MEDECINE ARABE 00

VI. FLORAISON DES AUTRES ECOLES 00

VII ANNEXE 00 LES TRADUCTEURS 00

VII. CARTES 00

I. PERIODE ANTE-ISLAMIQUE

Une médecine empirique faite d’observations judicieuses, de traditions populaires et d’utiles pratiques, mais aussi de croyances magiques imprégnées d’exorcismes et de démonologie. L’herboristerie, l’orthopédie, l’usage de substances telles que le camphre, le soufre, les cendres de nattes, l’antimoine, la cautérisation des blessures et la réduction des fractures étaient parmi les traitements connus de la vie des Arabes. Mais la maladie était souvent rapportée à la possession démoniaque. Superstitions, rites conjuratoires, sorcellerie astrologie et amulettes prophylactiques ont sévi là comme dans tant d’autres civilisations.

Parmi les auteurs des Mu’allaquat (poèmes suspendus aux murs de la Kaaba), avant l’Islam, on trouve des invocations sous forme d’ex-votos pour la guérison ou la fertilité

Le premier médecin arabe est HARÎTH IBN KILDA Il est né vers 550 à TAÏF non loin de la Mecque. Il se rendit en Perse, dans la célèbre cité de JUNDI-SHAPUR pour y étudier la médecine. Il fut Médecin de CHOSROËS. Hygiène et prévention des maladies constituent son enseignement par un régime alimentaire modéré. Le sommeil, l’eau comme boisson préférée. La viande salée ou d’animaux jeunes devant être évitée.

-  Quelques remèdes tirés des traditions arabes, parfois grecques ou byzantines de Syrie sont signalés.

II. AVENEMENT LIBERATEUR DE L’ISLAM

De telles conceptions furent rapidement abandonnées pour laisser place à une thérapeutique expérimentale et à une approche nouvelle de la Médecine.

La formation de secouristes et d’infirmières remonte à l’époque héroïque des luttes qu’a dû mener le Prophète Mohammed (SAWS) pour le triomphe de l’Islam. La prévention, l’hygiène, et la thérapeutique constituent de grandes préoccupations de l’Islam naissant. Une curiosité et une soif ardente de connaissance vont mettre les musulmans au contact et à la recherche de cultures et de sciences médicales des plus hautes traditions de la Grèce, de Byzance, de Rome, de l’Inde, de la Perse.

Le Prophète lui-même (SAWS) nous laisse de précieuses indications dans le domaine de la santé et de la prévention ; une véritable « Médecine du Prophète » a été constituée recommandant la Sobriété (al HIMYA), l’équilibre en tout, l’observation et l’expérience. L’hygiène retrouvée dans le rituel des ablutions est une des prescriptions du Prophète (SAWS).

LA MEDECINE DU PROPHETE

Les conseils diététiques et médicaux tinrent une place importante formant une MEDECINE DU PROPHETE

JALAL AD DINE AS-SOYOUTI (1495-1505, Le Caire) savant et muphti durant les Mameluks a écrit un ouvrage intitulé : AL MANHAJ AS SAWI WAL MANHAJ AR-RAWI FI ATTIBI AN-NABAWI (traduit à Alger 1860 par le Dr. Perrot). Ce document répartit l’enseignement du Prophète (SAWS) en 4 parties

I – Les Principes Fondamentaux de la Médecine II – Les Médicaments, les aliments III – Le Traitement des Maladies IV – Anatomie et physiologie générale.

PRINCIPES GENERAUX DE L’ENSEIGNEMENT DU PROPHETE « La Médecine du Prophète » de SOYOUTI préconise les principes suivants

Sur la personne du Prophète :
-  Son impeccabilité
-  Sa nature sublime reçue de Dieu
-  Son caractère BON, DOUX, généreux, patient, endurant…
-  Sa constitution robuste,
-  Son visage beau et avenant,
-  Ses habitudes frugales, et ses prières nocturnes fréquentes

Aïcha rapporte que le Prophète était souvent malade et consultait de nombreux médecins arabes ou persans. Il semblait parler la langue persane. « ASHKAM Deres ? » demandait-il « Comment ça va ? » à Selman al Farisi malade.

Les recommandations du Prophète :
-  « Buvez et mangez mais sans excès
-  « Dieu n’aime pas les gens excessifs » (Coran 7-31)
-  A la question « quel est le meilleur des médicaments », ll répond à Al Harith IBN KILDA « le jeûne est la santé ! »
-  « Faites de fréquentes ablutions, lavez-vous les mains pour en ôter les sauces ou les graisses… »
-  « L’ablution chasse le chagrin, et dissipe les soucis. »
-  « Qui s’arrête avant la satiété profite heureusement de ses aliments. »
-  « Buvez après les repas »
-  « Dire Bismillah et Al Hamdulilah avant et après la consommation d’un aliment ou d’une boisson »
-  Le Prophète utilisait un MISSWAK (cure dents) de bois d’ARAK
-  « Eviter de boire à même une outre de crainte qu’une sangsue ou une bête ne se fixe au fond de la gorge »
-  « Les substances aphrodisiaques sont le lapin, l’oignon, la viande, les œufs, le coq, le sésame… »
-  Eviter les acides et l’excès de sel.
-  Le mariage protège contre l’inceste et l’adultère.
-  Contre les céphalées, la saignée est recommandée.
-  L’usage des ventouses se répand depuis la Perse
-  Contre la colère qui gonfle les jugulaires → réciter « je mets mon refuge en Dieu contre Satan le lapidé. »
-  Contre le chagrin, réciter : « il n’y a de puissance et de Force qu’en Dieu ».
-  L’abstinence est un bienfait, l’estomac est la porte d’entrée des maladies.
-  « Tout Khamr est interdit », les stupéfiants aussi
-  Le vin n’est pas un remède, il est au contraire néfaste
-  « Le « AZL » (rapport interrompu) est licite si les deux époux sont d’accord » selon Djâbir.

L’histoire nous apprend qu’un des compagnons du Prophète (SAWS) reçut une flèche en pleine figure, lui arrachant littéralement un œil. Celui-ci qui s’appelait Qutâda, ramassa son œil et courut voir le Prophète. Ce dernier se saisit de l’organe blessé le mit dans son orbite et prononça les formules suivantes :

Au nom de Dieu qui guérit Au nom de Dieu qui suffit Au nom de Dieu qui préserve Au nom de Dieu contre le nom duquel rien ne peut nuire, ni sur la terre, ni dans le ciel. L’œil blessé reprit son état normal et vit plus clair que l’œil sain.

L’EAU DE ZAM-ZAN (LA MECQUE)

D’autre part les vertus thérapeutiques de l’eau miraculeuse de Zam-zam sont connues. Elles sont confirmées par un hadîth authentique du Prophète (SAWS) qui rapporte : « L’eau de Zam-zam apporte la guérison pour toute maladie ».

Sa prise doit être précédée par une bonne intention ou niyya. Cela fut confirmé plus d’une fois. Un cas récent concerne une patiente atteinte d’une maladie incurable, condamnée par son médecin traitant qui avertit son époux que ses jours sont comptés. Il lui recommande d’accéder à tous ses désirs. Ayant intercepté la conversation, la malade ne dit mot, mais exprima le désir d’accomplir un pèlerinage à la Maison Sacrée d’Allah où se trouve précisément l’eau miraculeuse de Zam-zam.

Accédant à sa volonté, l’époux l’emmena sur les lieux sacrés. Après avoir fait les sept tours de la Ka’aba et imploré Dieu devant la station d’Abraham, elle se dirigea vers le point d’eau de Zam-zam pour y boire. Après trois prises consécutives, la patiente sentit un mystérieux gargouillement et une forte douleur de l’abdomen comme si on lui arrachait ses viscères, puis un profond apaisement.

Au terme de son pèlerinage, la patiente rentra chez elle dans un parfait état de santé qui surprit son médecin. Elle lui dit : « Dieu qui est capable de ressusciter les morts, n’est-il pas capable de guérir les malades ? ».  

III. ETHIQUE MEDICALE DANS L’ISLAM

Le Médecin doit avoir des qualités morales : la crainte de Dieu, la sagesse, le respect du secret des malades, le soin des pauvres, ne pas corrompre la société

Coran XIII-11 : « Dieu ne change pas l’état d’un peuple sans que chaque individu ait changé en lui-même ».

La Mort est un décret divin « quand le terme fixé arrive, nul ne pourra ni l’avancer ni reculer ». (Coran 10-49)

Nous sommes créés par cycles (ATOUAR) (Nuh) – (71-14) Coran XXX-11 « c’est Allah qui a commencé la première création, ensuite il l’a refait ! » Coran XXI-104 (les prophètes) « Tout comme nous avons procédé à la première création, nous la répèterons, c’est une promesse qui nous incombe, nous l’accomplirons ! » Coran 95-4 « Nous avons créé l’être humain dans les plus parfaites proportions. »

Dieu créé la vie et la retire La Mort est un décret divin (on ne peut ni l’avancer ni retarder son terme (AJAL).

Le respect du corps : Coran – Fusillat 41-21 « Au jour de la résurrection les corps témoigneront… » « C’est Allah qui nous fait parler ! »

NECESSITE SE SOIGNER

Hadîth « Soignez-vous, car à chaque maladie Dieu a prévu le remède » « Li Kulli Dâ-in Dawa ! »

« Soignez-vous, Dieu n’a pas envoyé de maladie sans envoyer le remède » (selon Abu Horeyra). Le Prophète recommandait de se traiter (TADÂWÛ) Coran IV-71 : « Prenez vos précautions » Coran IV-29 : « Ne vous jetez pas dans le péril par vous-même Ne vous tuez pas vous-même ! Le Coran est un remède (CHIFA) et une miséricorde (Coran 17-82)

ELOGE DE LA SCIENCE

Coran XX-114 « Dieu ! Fais-moi croître en science ! » Le Prophète a dit : « La science est la pluie abondante versée sur une Terre. « Cherchez la science du Berceau à la Tombe » « L’encre des savants est plus précieuse que le sang de martyrs »

Al Ghazali a dit « le savant est comme le soleil, il brille pour lui-même et pour les autres ».

MEDICAMENTS ET TRAITEMENTS RECOMMANDES DANS LA MEDECINE ARABE Parmi les médicaments et traitements recommandés dans la Médecine Arabe, citons pour mémoire :
-  L’ANTIMOINE ou KOHL en collyre pour les yeux (Ophtalmie)
-  Le RIZ « la première de vos nourritures est la viande, la seconde : le riz » (selon Aïcha)
-  La MYRRHE (Âs) contre les céphalées
-  La CAMOMILLE (Bâbunidj) apéritive, calmante
-  L’AIL et l’oignon, déconseillés pour la prière dans les Mosquées mais recommandés contre l’obésité
-  Les DATTES gages de longévité pour ADAM
-  La POMME verte anime le cœur
-  La Nigelle (Al Habat-u-Sawda) ou graine noire contre les céphalées, les paralysies, les étourdissements, les trous de mémoire, la lèpre blanche et de nombreuses maladies.
-  Le miel (santé), le lait de chamelle
-  La CAUTERISATION ignée

La Médecine Arabe s’enrichira plus tard de nombreuses substances
-  Le FENUGREC (al Halba) : « Il ranime, fortifie le cœur « si ma Nation savait tout ce que contient le Fenugrec chacun en achèterait au poids de l’or »
-  Le HENNE en topique recommandé par le Prophète
-  Le PAVOT (Khach-Khach) soporifique
-  La CASSE (Khyar Chambar) purgatif
-  La GRENADE (fruit du paradis selon Anas) : contre la toux, les palpitations
-  Le RAISIN sec « dissipe la fatigue, purifie le teint… »
-  Le SAFRAN aphrodisiaque,
-  Le SENE (Sana) médicament noble, « guérit tout sauf la mort » - Anti constipant.
-  Le FUMETERRE (Chah-Taradj), la plante du Roi qui purifie le sang
-  La MANNE contre le prurit
-  L’ALOES (poudre) sabr – ophtalmie, conjonctivite
-  Le MYROBOLANS (Hulaylidj) contre l’atrabile, la canitie etc… La mélancolie.
-  les airelles pour la vue,
-  L’armoise, le citron de Jujube (UN NAB), le Tamarin, le santal, la cannelle, la girofle, la muscade, le gingembre, la rose, la violette, le basilic,le camphre, le poivre blanc,.   IV. HISTOIRE DE LA SCIENCE ARABE

DECOUVERTE DE LA SCIENCE ARABE PAR L’EUROPE

Le Moyen-Age connut peu de progrès scientifiques en Europe. La science Arabe assure alors la continuité et l’enrichissement des apports gréco-latins, avec des découvertes originales dans tous les domaines. Ce relais a permis le développement ultérieur de la science occidentale.

Dès le IX° siècle, l’Ecole de Baghdad avait réussi à concentrer l’ensemble des connaissances de l’Antiquité grecque et latine, en. Elle a également fait naître une démarche scientifique, ouvrant de nouveaux domaines de recherche, en rassemblant les plus grands savants et philosophes de l’époque.

RENAN, dans une célèbre communication au collège de France (1880) révèle à un public étonné : « Oui, de l’an 775, à peu près, jusque vers le milieu du treizième siècle, c’est-à-dire pendant 500 ans, il y a eu dans les pays musulmans des savants, des penseurs très distingués. Dès le onzième siècle, Constantin l’Africain est supérieur en connaissance à son temps et à son pays, parce qu’il a reçu une éducation musulmane. De 1130 à 1150 un collège actif de traducteurs, établi à Tolède sous le patronage de l’archevêque Raymond, fait traduire en latin les ouvrages les plus importants de la science arabe. Dès les premières années du treizième siècle, l’Aristote arabe fait dans l’université de Paris son entrée triomphante ».

Pour Sédillot, c’est l’esprit scientifique rationnel et positif des Arabes qui est le plus remarquable apport des savants de Baghdad :

« Ce qui caractérise cette école, écrit-il, c’est l’esprit véritablement scientifique qui préside à ses travaux : marcher du connu vers l’inconnu, se rendre compte exactement des phénomènes pour remonter ensuite des effets aux causes, n’accepter que ce qui a été démontré par l’expérience, tels sont les principes enseignés par les maîtres. Les Arabes du IX° siècle étaient en possession de cette méthode féconde qui devant être si longtemps après, entre des mains modernes, l’instrument de leurs plus belles découvertes ».

Dans son « histoire des Arabes » ce même auteur rend un vibrant hommage à l’action civilisatrice des musulmans en ces termes :

« Les Arabes sont, au Moyen Age, les seuls représentants de la civilisation ; ils font reculer la barbarie qui s’était étendue en Europe, ébranlée par les invasions des peuples du Nord ».

« Le glorieux sillon que les savants de l’école d’Alexandrie ont tracé au milieu de la décadence et de l’agonie de Rome s’arrête au sixième siècle de notre ère, et la lumière ne se rallume en Europe que huit cent ans plus tard. Ce long intervalle a-t-il été pour le monde entier une période d’ignorance et de barbarie ? »

« C’est alors que les Arabes apparaissent : l’épée d’une main et le Coran de l’autre, ils commencent à la mort de Mohammad (632) cette série de conquêtes qui rangea sous leur domination la plus grande partie de l’Asie, de l’Afrique et de l’Espagne ».

« Après la chute des Omeyyades (750), une ère nouvelle s’annonce ; à l’enthousiasme guerrier succède l’amour des lettres, des sciences et des arts. Baghdad à peine fondée, devient le foyer d’une civilisation qui rayonne à la fois sur l’Orient et l’Occident ».

ORIGINES DE LA SCIENCE ARABE

L’origine de la science arabe remonte aux débuts de la conquête d’Alexandrie en 642 par Umar, le second Khalife de l’Islam.

Cette cité fondée en 332 av. J.C. par Alexandre le Grand était considérée à l’époque ptolémaïque comme la deuxième ville de l’empire après Rome. Elle possédait une bibliothèque renommée, rassemblant toutes les sciences du monde hellénistique, qui fut malheureusement détruite sous Dioclétien, en 343, après J.C., trois siècles avant l’Islam.

C’est à Alexandrie que commencèrent les premières traductions en langue syriaque et sémitique des travaux scientifiques et philosophiques de l’Antiquité.

A côté des œuvres de Porphyre, Euclide ou Ptolémée on a commencé à publier des œuvres médicales telles que les Aphorismes et les Pronostics de Galien. C’est ainsi que les sept livres de l’Anatomie de Galien perdus dans l’original grec nous sont parvenus grâce aux traducteurs du grec au syriaque et du syriaque à l’arabe. Plus tard c’est la traduction de l’arabe au latin moyennâgeux qui allait se terminer le curieux cheminement de la civilisation gréco-latine obligée de passer par les Arabes pour revenir en Occident.

TRANSMISSION DES CONNAISSANCES MEDICALES

Paul d’Egine fut un génial compilateur Alexandrin et, dès 640 édita en latin une Encyclopédie des sciences médicales grecques qui furent plus tard traduites à Baghdad par Honayn.

C’est vers Baghdad en effet qu’allaient converger savants et travaux puissamment sollicités par les Califes Abbassides. Le second calife Al Mansur et le septième calife Al Mamun allaient se faire remarquer par leur immense curiosité intellectuelle.

A partir d’Alexandrie, de Jundi Shapûr, de Harran de l’Inde, de Byzance et naturellement de toutes les cités savantes de la Perse comme Nisibis ou Ctésiphon allaient se réunir et se concentrer à Baghdad la documentation scientifique, les travaux grecs ou syriaques, d’Arménie, de Syrie, baïdjan et du pourtour de la mer Caspienne.

Les Sabéens, de Harran, peuple gnostique et théistes cité par le Coran, persistaient en leurs croyances astrologiques d’origine mésopotamienne. La science astronomique voisinait à côté de survivances gnostiques hermétiques, mazdéïques ou grecques.

La civilisation musulmane répand la science islamique à travers toutes les contrées qu’elle conquiert, de l’Indus à Poitiers (732).

La science qui avait alors déserté Athènes et Constantinople allait, sous les Califes Abbassides, s’arabiser.

La langue arabe, riche et servie par un esprit clair et positif allait tout naturellement permettre un progrès immense dans la précision nécessaire à l’expression de travaux antiques ou spécialisés, occasionnant la formation d’une abondante terminologie scientifique et technique, par l’invention permanente de termes nouveaux dérivés ou arabisés de mots grecs.

BAGHDAD, ET L’ERE DES TRADUCTEURS

L’apogée de Baghdad fut la constitution de la bibliothèque royale où des centaines de milliers de livres et manuscrits trouvèrent leur place et surtout avec la fondation de la Maison de la Sagesse (Bayt-ul-Hikmat) par le prestigieux Calife Al Mamun (813-833) fils du célèbre Harun ar-Rachid.

L’œuvre des Traducteurs de cette époque reste inestimable. Des chrétiens comme Jean Damascène, Masawayhi (Mésué) ou le fameux Honayn firent un lent travail de recherche, et de traduction.

Chrétiens, Juifs, Musulmans arabes ou persans constituèrent pour Baghdad des trésors de connaissances. La science arabo-musulmane allait rapidement se dégager de ses maîtres anciens pour développer vigoureusement de nouvelles branches de connaissances.

SISMONDI décrit ainsi la splendeur de Baghdad :

Le Calife Al Ma’mun (813-833) fit de Baghdad le centre de la culture ; les études, les savants, les livres étaient l’objet presque unique de son attention. Il appelait à sa cour, de toutes les parties du monde, tous les savants dont il découvrait l’existence ; il les y retenait par des récompenses, des honneurs, des distinctions de tout genre, il rassemblait des provinces, de la Syrie, de l’Arménie, de l’Egypte, tous les livres importants.

« La science arabe pénètre dans l’Hindoustan avec Albirouni vers 1016, sous les auspices de Mahmoud le Gaznévide ; chez les Seldjoukides, avec Omar Khayyam vers 1076 ; chez les Mongols, avec Nassir-Eddine Thousi, fondateur de l’observatoire de Méragah en 1260 ; chez les Ottomans vers 1337 ; elle est introduite en Chine et ira vers l’Europe en portant la lumière de la civilisation en Andalousie former les plus grands savants de la future Renaissance ».

Au VIII° siècle également, durant le Khalifat Omeyade, un hôpital fut construit à Damas et de bons médecins arabes s’y formèrent comme Yahia Benyazide Ben Abdelmalek.

Après la chute des Omeyades en 750, le Khalifat Abasside installe sa capitale à Baghdad en 762. Harûn-Ar-Rachid y construisit le premier hôpital (autour de l’an 800). Son fils Al Ma’mun, calife régnant de 813 à 833, fonde en 827 la fameuse « Beit-ul-Hikmat » Maison de la Sagesse, qui réunit savants, médecins et philosophes augurant un grandiose courant de connaissances et de pensée, uniques dans l’histoire.

Comme l’écrit SEDILLOT : « A l’enthousiasme guerrier des Arabes, succède alors l’amour des Lettres, des Sciences et des Arts. Baghdad à peine fondée devient le foyer d’une civilisation qui rayonne à la fois sur l’Orient et l’Occident… et renoue la chaîne un moment interrompue des connaissances humaines ».

JUNDI-SHAPUR

L’histoire de la médecine Arabo-musulmane nous invite à nous intéresser à une cité importante du Sud-Ouest de la Perse : sur le KARUN, JUNDI SHAPÛR (Kuzistan) fondée au IIIème siècle après J.C. par SHAPÛR 1er second Empereur Sassanide de Perse. Celui-ci vainqueur de Valérien à Antioche (vers 260) voulu bâtir cette cité « rivale d’Antioche » l’appelant

« VEHAZ ANDEV – I – SHAPÛR c’est-à-dire « Ville de Shapûr, meilleure qu’Antioche ».

C’est à JUNDI-SHAPÛR qu’affluèrent philosophes, hommes de science et médecins du monde savant Gréco-Latin du IIIème au Vème siècle après J.C., accueillis par les Empereurs Sassanides de Perse. Au V° siècle le mouvement s’intensifia en raison de l’intolérance des Byzantins qui, après le Concile d’Ephèse (431) condamnant NESTORIUS, persécutèrent et chassèrent moines et savants Nestoriens, particulièrement ceux des Ecoles d’Edesse, de Nasîbein (Nisibîs) en Syrie (et aussi d’Alexandrie). Ces Nestoriens avaient traduit en syriaque les textes grecs notamment médicaux (1). Grâce à l’accueil et au refuge qu’ils trouvèrent en Perse, l’Ecole de JUNDI SHAPÛR, (et de RUHA) devient un remarquable foyer de spéculation philosophique, de connaissance scientifique, tout particulièrement dans le domaine médical (1).

Ils traduisirent les œuvres de Galien, Hippocrate, Euclide, Archimède, Aristote, Platon, Ptolémée, du Grec au Syriaque, aux et du Syriaque langues chaldéennes, puis une nouvelle traduction en arabe.

D’autres savants venus d’Athènes, d’Ephèse, de l’Inde, de Syrie et d’Egypte firent tout le renom médical de cette cité baptisée plus tard « Civitas Hippocratica » dans le latin du Moyen-Age. On y pratiquait l’enseignement péripatéticien des agoras d’Athènes ou d’Ephèse. C’est surtout avec THEODORE que la Médecine allait s’installer durablement à JUNDI SHAPÛR, haut lieu intellectuel de l’antiquité païenne finissante.

Les savants de Jundi Shapur bénéficièrent de l’important apport de la bibliothèque d’Alexandrie célèbre pour ses oeuvres philosophiques, mathématiques, de droit, de médecine et de grammaire. La conquête de la Syrie à partir de l’empire byzantin allait fournir aux Arabes des traducteurs des connaissances helléniques en Syriaque puis en arabe.

L’empire perse sassanide également conquis à l’Islam dès 638 (bataille de Qadissiya) et 642 (bataille de Nehaward) allait permettre aux musulmans de prendre l’importante cité médicale grecque de JUNDI SHAPÛR où en plus de médecins hippocratiques et philosophiques.

TRANSMISSION DES CONNAISSANCES MEDICALES

Dans ces conditions la médecine d’Hippocrate, de Galien, d’Oribase, de Rufus d’Ephèse, d’Alexandre de Tralle ou de Diophante allaient fleurir aux confins de la Perse et de l’Irak tandis que la civilisation byzantine s’appauvrissait par l’intolérance des Basilei.

Le mouvement de traduction de l’héritage grec n’allait pas s’arrêter à la culture syriaque, Damas n’ayant eût en effet d’attrait que pour quelques savants et médecins byzantins vers la fin du VII° siècle.

En fait le siècle de Khalifat Omeyade qui allait s’éteindre en 750 est qualifié de siècle des Arabes car il allait surtout exprimer le génie littéraire des Arabes en matière de poésie, de prose et de récits héroïques. A ce siècle véritablement arabe allait succéder à partir de 750 l’empire plus largement musulman des Abbassides qui adoptèrent Baghdad pour capitale.

C’est à Baghdad que la pensée arabo-musulmane va intégrer les apports culturels et scientifiques, grecs, persans ou iraniens provoquant un extraordinaire bouillonnement intellectuel touchant tous les domaines de la pensée : philosophie, sciences exactes, médecine, littérature et même les sciences religieuses.

Les Khalifes Abbassides favorisèrent amplement ce mouvement en faisant appel notamment aux savants grecs de Jundi Shapûr rebaptisée Civitas Hippocratica ou Harran, l’antique Charrae de Chaldée rebaptisée elle aussi sous le nom d’Hellenopolis ou de « Civitas Hellenestica ».

Si les Omeyades de Damas avaient connu des médecins chrétiens tels que IBN UTAL, Médecin de Muawiya, premier Calife de la dynastie, d’autres savants grecs comme le Théodore (le Théodore des Arabes) ou Isa al Hakam commencèrent à appliquer et faire connaître les principes de la médecine grecque.

A Alexandrie, dans le même temps, et à partir de la conquête de Umar, des savants se mirent au service de ‘Amr Ibnu-l-Âs, le conquérant arabe de l’Egypte auprès de qui on signale un certain Yahia-an-Nahwi ou « Jean le Grammairien ». Il s’agirait selon l’histoire des philosophes (Tarikhu-l-hukama) d’Ibn al Qifti de l’evêque Jacobite Philopponus d’Alexandrie qui avait rejeté la doctrine de la Trinité et avait trouvé un accueil favorable auprès des conquérants musulmans.

V. LES GRANDES FIGURES DE LA MEDECINE ARABE

Dans l’étude monographique qui va suivre, il m’est impossible de citer tous les grands auteurs arabes. Nous nous bornerons à évoquer de grandes figures dont le rayonnement médical scientifique, et spirituel appartient au patrimoine de l’Humanité tout entière.

AT TABARI

I – ALI IBN RAHBANE AT-TABARI est le premier de ceux-là. Né en 780 à MARW dans le Tabaristan en Perse et mort en 877, il est chrétien d’origine, mais s’installa à Baghdad sous les Khalifats d’AL MUTASIM ET D’AL-MUTAWAKKIL et se fit musulman.

Son FIRDAWSU-L-HIKMAT (Paradis de la sagesse) est un Traité célèbre d’Anatomie accompagné d’une section de pathologie générale, d’obstétrique, d’uroscopie et de toxicologie. Des discussions de la saignée, du pouls et une importante Somme Dermatologique font de cet ouvrage la plus précoce des œuvres originales des Arabes.

L’autre originalité de TABARI est sa synthèse des connaissances Grecques, Persanes, et même Indiennes de l’époque, depuis que le Khalife Harûn Al Rachid avait ordonné l’acquisition de manuscrits de l’Inde et leur traduction du SANSKRIT en Arabe par des médecins indiens comme KANKA.

RAZES

Le plus célèbre de tous les médecins de cette époque, ABU BAKR MOHAMED IBN ZAKARIYA AR RAZI dit RAZES, le « Galien » des Arabes, est né en 865 dans la ville de Ray en Perse, il meurt en 926. C’est un élève d’AT-TABARI. Il est un des plus illustres médecins musulmans et un des plus féconds.

Il est Médecin Chef de l’Hôpital de Ray en Perse puis du grand Hôpital BIMARISTAN de Baghdad dont il choisit l’emplacement avec un soin tout particulier.

Mort en 926, il laissa selon AL BIRUNI, plus de 184 traités médicaux et des dizaines d’opuscules. S’il est Persan par sa naissance et sa langue maternelle, il est arabe par la langue qu’il utilise, la culture qui est la sienne et qu’il va illustrer. Son Traité le plus connu fut sans conteste celui de « La rougeole et de la variole » traduit et retraduit en Europe, à Londres en 1776 et republié par la Société Sydenham en 1848, sous le nom « de PESTILENTIA » il resta longtemps une référence en matière d’épidémiologie et de connaissance en infectiologie.

Son Traité de la « pierre » ou des Lithiases Vésicales et rénales fut traduit à LEYDE, ainsi que ses autres grands et très célèbres traités comme le Mûlûki (le Royal) le Hawî – ou « CONTINENS », le COMPENDIUN (DJAMI) LE « LIBERAL MANSORIS » ou AD-MANSOREM, (KITAB AT-TIB AL MANSÛR), tous traduits en Europe en 1489, 1512, etc…

LE « CONTINENS » (KITAB AL HAWI) est une œuvre grandiose hérissée de difficultés, et dont la masse a effrayé les copistes. Le nombre des livres qu’il contient varie selon les sources. Le Fihrist lui en attribue 12, la traduction latine 25 ; c’est aussi une œuvre posthume enrichie par les élèves d’AR RAZI d’après ses notes inachevées, ses observations et les papiers rassemblés après sa mort.

Il rapporte les cas cliniques les plus intéressants : à côté de nombreuses observations personnelles, de diagnostics originaux des fièvres palustres, des néphrites, des lithiases, des pyélites, figurent de précieuses indications thérapeutiques et des éléments pronostics établis avec une sûreté et un don d’observation d’une grande précision.

Il fut le promoteur d’un véritable enseignement permanent de la Médecine soulignant l’importance de l’environnement et organisa la première structuration hospitalière arabe à Baghdad y incluant des élèves, des assistants, des consultations externes et aussi des soins à domicile, une aide médicale aux nécessiteux.

Médecin d’expérience et grand novateur il introduisit la méthode clinique dans l’Art Médical dans le soin qu’il prenait dans l’interrogatoire minutieux des malades, l’importance qu’il attachait à la symptomatologie, les déductions diagnostiques et thérapeutiques qui en découlaient. Très critique des anciens, il oeuvra pour l’avenir de la Médecine.

Aujourd’hui encore de grandes lacunes restent à combler pour situer encore mieux son génie et son apport toujours actuel de grand médecin universel. Mais la destruction de la Bibliothèque de Baghdad avec l’entrée des Mongols de Hulagu en 1258 a causé à toute l’humanité d’irréparables pertes.

Razès allait mourir aveugle de la cataracte mais avait refusé de se faire opérer pour ne plus voir disait-il un monde dont il était excédé et désillusionné. On le compara volontiers à Avicenne qui fut plus grand philosophe que médecin alors que Razès fut meilleur médecin que philosophe.

HALY-ABBAS AL MAJUSI « HALY ABBAS » ou Ali Ibn El Abbas Al Majûsi est le troisième personnage de la tétralogie des grands Médecins Arabes d’origine Persanes. Sa grande œuvre, KITAB EL MALAKI fut dédié au Roi ‘ADHUD-EDAWLA célèbre Emir Bouyide du X° siècle. Son KITAB AL KAMIL FI TIB, complète le Malaki (Livre Royal).

Ce fut un ouvrage d’une grande popularité, et un thesaurus splendide contenant en plus d’une très riche sémiologie (fièvre, dyspnée, expectoration, inspection, auscultation, etc…) de très nombreuses références Hippocratiques, ainsi qu’une critique de Galien, de Paul d’Egine, d’Oribase et aussi de JOHANNITIUS à qui il reproche une méthodologie inadaptée et des ignorances anatomiques. Il est un des tous premiers médecins, avant Avicenne, à faire référence à la psychopathologie et à la démence.

Cet ouvrage qui embrassait toutes les sciences et la médecine de son temps ne fut supplanté par la suite que par le Qânûn (Cânon) d’Avicenne. Son œuvre a longtemps figuré aux programmes des Ecoles de Médecine en Europe sous le nom de CONSTANTIN.

IBN-SINA (AVICENNE) 980-1037 est le dernier et le plus célèbre de notre tétralogie. ABDULLAH IBN SINA dit AVICENNE, fut le vrai génie de la médecine, de la science et de la philosophie Humaniste de l’Ishraq Arabe.

Il est né en 980 à BOUKHARA ; toute sa vie se déroule en Perse entre Rayy, Ispahan et Boukhara. A l’âge de 10 ans, il connaissait le Coran par cœur ainsi que les Hadiths.

A 16 ans, il achevait ses études de Droit, de mathématiques d’astronomie et de philosophie et connaissait Porphyre et Plotin, Euclide, et Ptolémée, il s’oriente vers la médecine. A 18 ans, sa réputation de Médecin est elle qu’il est appelé à soigner le Prince Royal Ibn-al-Mansour et eût accès à la bibliothèque du Palais.

A 21 ans, il perd son père. Soignant l’Emir avec dévouement il fût nommé Premier Ministre. Il introduisit pour la première fois comme méthode, la connaissance psychologique des malades et ses aptitudes deviennent remarquables dans la plupart des domaines médicaux, y compris la psychiatrie où il excelle. Son œuvre colossale est universelle.

Après une vie de travail acharné, il meurt à l’âge relativement jeune de 58 ans. Il écrivit une centaine d’ouvrages consacrés à la philosophie, la logique, la métaphysique, l’astronomie, la musique l’alchimie, la religion etc…

Mais son ouvrage le plus célèbre fût le « QANÛN FI TIB » ou « CANON » ainsi que d’autres grands traités. Le QANÛN, traduit en latin par Gérard de CREMONE, au XIIème siècle, ne contient pas moins d’un million de mots. Il a une place unique dans les lettres médicales du Moyen Age.

Il est composé de cinq grands Traités de pathologie, pharmacologie, thérapeutique, d’anatomie, de sémiologie et de galénique. Sa construction logique et rigoureuse a contribué à son succès. Il fonde une médecine logique et une thérapeutique d’expérience.

Après le CANON, son autre Traité médical fut le MANDHUMA (CANTICA) précis de Médine écrit en 1316. Le Kitab-ach-Chifa (Livre de la guérison, des âmes) est une immense encyclopédie dont le contenu philosophique n’est pas éloigné de l’ORGANON d’Aristote traduit par GUNDISALVI à Tolède. Tous ces ouvrages furent traduits dans la plupart des langues européennes et la base de l’enseignement de la médecine occidentale.

Avec le CANON, le HAWI de Razi et le MALAKI de Haly Abbas, constituent les trois œuvres mouvementales et les plus prestigieuses de la Médecine médiévale.

VI. FLORAISON DES AUTRES ECOLES

Tous les grands médecins arabes ne pouvant être cités dans ce travail, nous indiquerons seulement les Grandes Ecoles de Médecine Arabe ou de langue arabe.

Nous avons vu :
-  L’Ecole d’ISPAHAN avec IBN SINA (1039)
-  L’Ecole de CHIRAZ avec IBN ABBAS AL MAJUSI (994)

D’autres Grandes Ecoles Contemporaines de celles de Baghdad fleurirent également :

-  L’Ecole de Damas avec AL BAGHDADI et IBN AL MUTRAN

-  L’Ecole du Caire illustré par IBN AN NAFIS Né à Damas (1238), Médecin de BAYBARS, Roi Mamluk d’Egypte (1261-1277) Vainqueur de Saint Louis à MANSOURAH.

-  et l’Historien de la Médecine IBN ABI USAYBI’A (1270).

IBN-AN-NAFIS (‘ALA’AD DIN ALDIMASHQI).

Il fût médecin-chef de l’hôpital An-Naciry et Al-Mansouri au Caire (Al Qahira). Ville où fût fondé le 1er hôpital par IBN TOULOUN en 873, qui fût l’un des centres des élites de l’Ecole Médicale Egyptienne du Caire (où notre auteur mourût en 1288).

D’une érudition remarquable il écrivit plus de 80 ouvrages, traités ou encyclopédies portant sur des sujets aussi variés que l’ophtalmologie, l’anatomie, la pathologie, la diététique, des commentaires des Aphorismes et des Pronostics. Il critiqua particulièrement les connaissances anatomiques issues de Galien et d’Avicenne. « CHARH-TACHRIH AL QANUN » qu’il traite pour la première fois de l’Histoire de la médecine, de la Circulation Pulmonaire ou Petite Circulation (AD DOURAT DAMAWIYA ES SAGHIRA).

Critiquant les théories qui voulaient que le sang allât se perdre dans les tissus sans retour, il affirme pour la première fois qu’entre le cœur et les poumons existe un aller et retour, signant par-là la première notion de circulant. (artère pulmonaire, veine artériosée.

En Europe c’est William HARVEY (de motu cordis et sanguinis in animalibus) qui prétendit avoir fait cette découverte or le travail d’IBN-AN-NAFIS fût traduire en Europe :
-  En 1553 par l’Espagnol SERVET
-  En 1559 par l’Italien COLOMBO
-  Plus tard par l’Anglais POCOCK

C’est le Doyen LEBON de la Faculté de Médecine de Paris qui permet de rétablir la vérité en 1939.

• L’Ecole de Kaïrouan :

ISHAQ BEN SULEIMAN AL ISRAILI auteur du ZAD AL MOSAFIR (Viatique du voyageur) Kitab al Hummayat, Kitab al Bawl.

Le célèbre ISHAQ IBN IMRAN (907) connu par son Traité de la Mélancolie (original à Heidelberg).

IBN AL JAZZAR : classe 280 drogues et plantes.

En Europe vont fleurir diverses Ecoles de Médecine

-  L’ECOLE DE SALERNE - Célèbre Ecole de Médecine durant tout le Moyen-âge. Elle s’illustra par la publication des travaux de traduction opérés par Constantin l’Africain au Mont Cassin. Il traduisit ainsi le MALAKI de Haly Abbas sous le nom de Pantegni. Les Maîtres de Salerne allaient contribuer à une énorme diffusion des Traductions arabes vers l’Europe, notamment Hippocrate, Galien, Dioscoride, Avicenne, Razès… en 1087.

-  Ecole d’Oxford illustré par Michel Scot et Robert de Ketton, ainsi que POCOCK.

-  Autres Ecoles Européennes :
-  Paris, Montpellier en raison du refuge offert aux juifs espagnols chassés par les Almohades.
-  Auteurs des traductions : Gérard de Crémone, Siger de BRABANT, HERMANN l’Allemand, Hermann le Dalmate, GUNDISALVI ARMENGAND.
-  Arnaud de VILLENEUVE (1288) fut le grand médecin de Montpellier utilisant largement la médecine arabe.

Dans l’Espagne Omeyade (à partir de 738), les Khalifes Abderrahmane III et Al Mostancer accordèrent aux savants, écrivains, médecins artistes et philosophes une grande place dans la civilisation d’Al-Andalous.

• L’Ecole de Cordoue, riche d’une bibliothèque de 400 000 ouvrages allait briller d’un très vif éclat (X°-XIII° siècle) de Tolède, Séville et de Saragosse connurent de grand médecins tels AZ-ZAHRAOUI (936-1016), le fameux ABUL-CASSIS dont nous parlerons.

IBN-ZUHR (AVENZOAR) (1091-1162)

IBN-RUSHD (AVERROES) (1198)

Plusieurs médecins juifs dont Maïmonide de Cordoue (Moussa IBN MAIMOUN) (1135-1204). Grand philosophe juif andalou. Il fut le médecin de Saladin au Caire. Ses Traités de médecine écrits en arabes furent tous traduits en hébreu et en latin.

Avec Averroës son influence fût grande sur Montpellier où une Ecole de Médecine célèbre reste jusqu’à nos jours porteuse de cet héritage arabe médical. Il est l’auteur du serment qui porte son nom, et qui garde une grande actualité sur le plan éthique et déontologique. Auteur du Guide des Egarés.

Auteur d’une Prière du Médecin : « Mon Dieu ! Mets dans mon cœur l’amour de la science et de tes créatures. Affermis mon âme afin que je vois dans le malade l’Homme seul. Fortifiez-moi afin que je ne m’écarte pas de la voie de la VERITE ! Eloigne-moi de l’idée que je peux tout ! »

AVENZOAR (IBN ZUHR) fut le précurseur de la médecine expérimentale ; découvreur du traitement de la gale, d’autres dermatoses et d’une riche pharmacopée arabe. Il est l’auteur d’un excellent Traité d’Enseignement de la Médecine, de Thérapeutique et de Diététique. Ami d’Averroës. Il est lui-même fils et petit-fils de médecins, il fût médecin du Calife Almohade Abdelmoumin avant de mourir à Séville sa ville natale. Il pratique la trachéotomie expérimentale sur des chèvres.

IBN RUSHD (AVERROES), originaire de Cordoue 1126-1198. Célèbre par ses commentaires sur Aristote. Sa vie entière fût consacrée à l’étude, sauf deux nuits dit-il : celle de son mariage, et celle de la mort de son père. Il décrivit la fonction rétinienne et analysa les glaucomes. Il fût surtout attaqué pour ses positions Aristotéliciennes. Il est le disciple d’IBN TUFAYL (Abubacar).

-  Auteur du FASL AL MAQAL – sous les Almohades, Médecin d’ABU YUSUF YACOUB.

Il signala, en grand précurseur des principes médicaux, des cas originaux de méthodes thérapeutiques comme son observation de cas d’immunisations post varioliques préfigurant la vaccination. Un de ses principaux ouvrages, le « Colliget » (AL-KULIYAT) est une œuvre considérable divisée en sept livres d’études médicales classiques dont une belle introduction à la physiologie et qui fut enseigné officiellement dans les facultés et les écoles de médecine occidentales jusqu’au XVII et XVIIIème siècles. Il meurt à Marrakech en 1198.

Autres ouvrages : FASL-AL-MAQAL Traité décisif (la loi de double vérité). TAHAFUT-AT-TAHAFUT. Meurt en disgrâce (par les Malékites) à Marrakech.

ABUL QUASSIM AZ-ZAHRAWI dit ABUL CASSIS (936-1016) ou « AL BUCASSIS » ou ALASHARAVIUS est né à Tolède et fût le plus grand chirurgien musulman, inventeur de la ligature des vaisseaux (M.BUCAILLE). Médecin à Cordoue, il est l’auteur d’une Encyclopédie illustrée, le TASRIF en trente volumes. Ses inventions en instruments chirurgicaux restent très remarquables dans les domaines de l’orthopédie, du traitement des lithiases et de la chirurgie générale obstétricale et urinaire.

Abulcassis est sans doute le plus grand des chirurgiens arabes. Son œuvre médicale est importante, regroupée dans son « Al Tasrif (la méthode), mais il passe à la postérité grâce à ses remarquables travaux chirurgicaux. Traduits dès son vivant en hébreu et en latin, ses écrits font l’admiration de l’Occident. Très rigoureux, il déplore que la chirurgie soit tombée aux mains des charlatans ; il la considère comme une branche de la médecine et, à ce titre, ne se conçoit pas sans l’étude des anciens, Hippocrate et Galien, et surtout Paul d’Egine qui influence beaucoup son œuvre. Il pratique habilement la trépanation, les résections osseuses des fragments nécrosés dans les ostéites, traite les anévrismes. Il explore tous les domaines de la chirurgie. En pédiatrie, il opère les imperforations anales, alors qu’auparavant les nourrissons étaient abandonnés à eux-mêmes.

Mais ses connaissances vont de l’ophtalmologie à la stomatologie, puisqu’il explique comment extraire les dents, les stabiliser, voire les remplacer par un os de bœuf !

Très ingénieux, il met au point une instrumentation développée dont il réalise une illustration exceptionnelle dans ses livres. Ainsi, il invente une astucieuse « guillotine pour amygdales » avec un fil, un trocart à ponction et sa seringue, un spéculum vaginal.

Un de ses ouvrages les plus étonnants est son traité « de l’extraction des flèches ».

En effet, les multiples guerres de l’Islam lui donnent l’occasion de s’illustrer dans la chirurgie de guerre. La diversité des armes de jet est considérable à l’époque : flèches, javelot, javeline, avec ou sans barbillon, de longue ou courte portée.

Chaque projectile est minutieusement décrit ainsi que les différents dommages qu’ils occasionnent. Cela est important car la manière d’extraire dépend de tous ces facteurs. C’est un homme qui, comme tout médecin, a horreur de la douleur et déteste encore plus faire souffrir. Il prône la douceur et la prudence car toute précipitation entraîne une contracture qui ne peut que gêner l’opérateur.

Abulcassis accorde une importance toute particulière à la balistique, car le problème est différent selon le trajet de la flèche. Et quand il ne sait pas où se situe exactement le corps étranger, il parvient à le localiser en étudiant la position de la victime au moment de l’impact. Ce procédé ingénieux sera repris par Ambroise Paré (1509-1590) qui l’appliquera à l’extraction des balles d’arquebuse. Enfin, son livre sur « la réparation des os » fera autorité en Europe. Il y décrit de nombreuses fractures et luxations.

Sa thérapeutique orthopédique comprend bandages, attelles et même plâtres à base d’albumine d’œuf qui, en empesant le linge, permet une contention efficace. Ainsi toute la chirurgie médiévale doit énormément à Abulcassis comme en atteste Guy de Chauliac qui, dans sa « Chirurgia Magna », le cite 137 fois.

On ne peut oublier, parmi beaucoup d’autres médecins IBNU-L-WAFI dit ABEN GUEFIT, le célèbre MOHAMED IBN BAJJA dit AVENPACE mort en 1139 à Saragosse, encyclopédiste de renom et auteur de nombreux Traités et commentaires sur l’Anatomie de Galien la pharmacologie la thérapeutique.

Il connut quelques alcaloïdes comme l’Aconit (Bish) à doses toxiques et thérapeutiques. Il décrit les propriétés de la Rhubarbe, du cuivre, du Séné et même de l’Ergot de Seigle (QURUN ASSUMBUL)

IBN AL BAYTAR (1200-1260) dit Ennabaty (Botaniste) célèbre né à Malaga (arganier, l’athrilat dans la lèpre – Maroc, Constantine, Egypte.

Sa pensée, influença Averroës et Albert le Grand qui le cite. Il est mort emprisonné à Fès par des médecins jaloux.

  VII. ANNEXE

LES TRADUCTEURS

• Arnaud de Villeneuve (Montpellier) 1288 Traducteur de RHAZES, de Maïmonide • Gérard de Crémone à Tolède 1157 traduit l’ALMAGESTE et le Canon Avicenne • Serapion (IBN SARABYON) Practicum medicine breviarum Il fit en outre connaître les œuvres médicales de :

-  IBN WAFID) De medicinis simplicibus d’Alkindi (les degrés)
-  ABULCASSIS chirurgie, tasrif, pharmacopée
-  ALI ABRODOHAN (ALI IBN RIDWAN)
-  RHAZES maladies des enfants, des articulations Liber ad almansorem

• Guy de CHAULIAC 1357 – fit connaître le Traité d’ ABULCASSIS – Grande chirurgie • Daniel de MORLEY et Ghalib – fit connaître l’Almageste de Ptolémée • Constantin l’Africain 1015 – 1097, grand plagiaire des œuvres d’Al-Majussi, etc ! • Dominicus GUNDISALVI – fit connaître Al Farabi • AVENDAUTH fit connaître le KITAB A-CHIFA d’Avicenne • Marc de Tolède – fit connaître Hunayn (1191) Masa – il Fi Tib • Michel SCOT – De Animalibus (Aristote) • Robert de Chester • Thomas de CANTINPRE (Canon) • Guillaume d’Auvergne • Robert de Grosseteste 1253 Pharmacologie • Albert le GRAND (1292), alchimiste, fit connaître le Canon d’Avicenne et fut le maître de Saint Thomas d’Aquin. • Farag B. Salewi (1279) Al Hawi, de Razes • Gilles de Santarem (Portugal)

Accueil | Les enseignants | Les formations | Les programmes | Cours audios et ecrits | Nos références | L'institut | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0